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Vendre sur Ankorstore, Amazon Business ou Metro impose un cadre TVA et facturier radicalement distinct du B2C. Notre cabinet décrypte les règles d'autoliquidation et de facturation inter-pro pour sécuriser vos flux.

La montée en puissance des marketplaces B2B — Ankorstore, Amazon Business, ManoMano Pro, Metro, Cdiscount Pro, Orderchamp, Faire — bouleverse les circuits de distribution traditionnels. Pour un vendeur déjà rompu aux ventes BtoC, le passage au BtoB n'est pourtant pas un simple changement de canal : il déclenche un cadre TVA, des obligations de facturation et des schémas de rapprochement comptable spécifiques. Nous accompagnons régulièrement des dirigeants e-commerce qui découvrent, après plusieurs mois d'exploitation, des erreurs structurelles d'autoliquidation ou de mentions obligatoires. Cet article fait le point sur les règles applicables et les bons réflexes à intégrer dès le paramétrage de la plateforme.
Les marketplaces interprofessionnelles répondent à une demande structurelle : les acheteurs professionnels (commerçants indépendants, restaurateurs, artisans, revendeurs, centrales d'achat) recherchent un sourcing rapide, des conditions de paiement à 30 ou 60 jours, et une logistique adaptée aux volumes. Côté vendeur, l'opportunité est réelle : panier moyen plus élevé, taux de retour inférieur au B2C, fidélisation accrue. Mais la mécanique fiscale et comptable n'a rien à voir avec celle d'une boutique Shopify grand public.
On distingue plusieurs typologies :
Dans tous les cas, le statut de l'acheteur — assujetti agissant en tant que tel — conditionne le régime de TVA applicable.
En BtoC, les ventes à distance intracommunautaires de biens sont, depuis le 1er juillet 2021, soumises au régime du guichet unique OSS dès lors que le seuil unique de 10 000 € est franchi. La TVA est due dans l'État de destination, au taux local, et déclarée via OSS depuis la France.
En BtoB, la logique est inverse. Lorsqu'une livraison de biens est expédiée depuis la France vers un assujetti établi dans un autre État membre, on se trouve dans le cadre des livraisons intracommunautaires exonérées prévues à l'article 262 ter, I du CGI. Trois conditions cumulatives doivent être réunies :
Concrètement : la facture est émise hors taxes, l'acheteur autoliquide la TVA dans son pays. Le mécanisme de l'autoliquidation transfère la charge déclarative au client professionnel.
La vérification du numéro de TVA via le service VIES de la Commission européenne n'est pas optionnelle : c'est une condition de fond de l'exonération. En cas de contrôle, l'administration exige la preuve que la vérification a été effectuée à la date de l'opération. Certaines marketplaces B2B intègrent cette vérification automatique au moment de l'inscription du client ; d'autres laissent le vendeur responsable. Nous recommandons systématiquement de conserver la copie d'écran horodatée ou l'extraction de la base VIES pour chaque nouveau client professionnel intra-UE.
Depuis le 1er juillet 2021, l'article 14 bis de la directive 2006/112/CE — transposé à l'article 256, V du CGI — instaure la notion d'opérateur de plateforme réputé acheteur-revendeur. La marketplace est considérée comme ayant acheté puis revendu les biens dans deux hypothèses :
Pour la grande majorité des transactions B2B intra-UE entre un vendeur français et un acheteur professionnel européen, cette fiction ne s'applique pas : la marketplace agit comme un simple intermédiaire transparent, et le vendeur reste juridiquement le fournisseur. C'est lui qui émet la facture au client final, applique le régime TVA approprié, et déclare l'opération.
Cette distinction est essentielle : confondre les deux régimes conduit à des erreurs de collecte, des rejets de DEB et des incohérences entre le chiffre d'affaires comptable et la TVA déclarée — exactement le type de signal que l'administration repère lors d'un contrôle. Sur ce point, nous renvoyons à notre analyse des facteurs qui déclenchent un contrôle fiscal, où les incohérences entre CA et TVA collectée figurent en tête des signaux d'alerte.
La facture émise à un client professionnel — qu'il soit français ou européen — doit comporter l'ensemble des mentions de l'article 242 nonies A de l'annexe II du CGI, auxquelles s'ajoutent des mentions spécifiques au régime appliqué.
Selon le schéma de TVA appliqué, l'une des mentions suivantes doit figurer expressément :
L'absence ou l'inexactitude de ces mentions expose à une amende de 15 € par mention manquante, plafonnée au quart du montant facturé (article 1737 du CGI), et surtout à la remise en cause de l'exonération en cas de contrôle.
Les commissions prélevées par les marketplaces B2B constituent une prestation de services électronique au sens de l'article 259, 1° du CGI. Lorsque la plateforme est établie hors de France (Ankorstore en France mais Faire aux États-Unis, Amazon au Luxembourg), le vendeur français doit autoliquider la TVA sur ces commissions sur sa déclaration CA3. Concrètement : la commission HT est portée en ligne 2A (autoliquidation intracommunautaire) ou en ligne 3B (prestataire établi hors UE), la TVA est à la fois collectée et déductible — opération neutre en trésorerie mais essentielle à déclarer.
Nous constatons régulièrement, lors des missions de fiabilisation que nous menons, que cette autoliquidation n'est pas opérée pendant plusieurs exercices. La régularisation est possible mais expose à des intérêts de retard.
Chaque marketplace B2B verse au vendeur un net : prix de vente diminué des commissions, frais logistiques, éventuels avoirs et retours. Le rapprochement entre le détail des ventes, les commissions facturées par la plateforme et les versements bancaires constitue le cœur du travail comptable sur ces flux.
Trois écueils récurrents :
Les outils comme Pennylane, Sellsy ou des connecteurs spécialisés (A2X, Greenfinch, Synder) permettent d'automatiser ces rapprochements à condition d'être paramétrés finement : plan de comptes auxiliarisé par marketplace, ventilation TVA par destination, gestion des avoirs et frais ancillaires.
Un vendeur français commercialise sur Ankorstore des produits expédiés directement depuis son fournisseur allemand vers un acheteur professionnel italien. On se trouve en présence d'une opération triangulaire intracommunautaire (article 141 directive TVA). La mesure de simplification permet au vendeur français, sous conditions strictes, d'éviter de s'immatriculer en Italie : la facture porte la mention « Opération triangulaire – article 141 directive 2006/112/CE – autoliquidation par le destinataire ». Toute erreur de paramétrage entraîne une obligation d'immatriculation rétroactive dans le pays d'arrivée.
Si le client n'a pas communiqué de numéro VIES valide à la date de l'opération, l'exonération tombe. La facture doit alors être émise TTC au taux français, à charge pour le client de réclamer une régularisation ultérieure. Cette situation est fréquente avec les micro-entreprises étrangères ou les associations.
Ventes domestiques entre deux assujettis français : la TVA française s'applique au taux normal, intermédiaire ou réduit selon la nature du bien. Aucun mécanisme d'autoliquidation, sauf cas particuliers (sous-traitance BTP, déchets, électronique sous conditions).
L'activité multi-canal et multi-régimes TVA fait du e-commerce un secteur particulièrement scruté par l'administration. Les écarts entre le chiffre d'affaires retracé par les marketplaces (que l'administration peut obtenir via le droit de communication des plateformes, article 242 bis du CGI) et celui déclaré sur les CA3 sont systématiquement croisés. Pour bien comprendre ce que l'administration analyse en cas de vérification, notre guide sur l'avis de vérification de comptabilité détaille la procédure et les droits du contribuable.
Trois zones de risque méritent une attention particulière :
Avant tout lancement sur une marketplace B2B, nous recommandons un audit de paramétrage en trois temps : cartographie des flux (destinations, typologies de clients, mode de logistique), choix du régime TVA cible par flux, et validation des modèles de facture émis par la plateforme. Cet investissement initial de quelques jours évite des régularisations qui se chiffrent en dizaines de milliers d'euros sur trois exercices.
Le cabinet HR Associés intervient au quotidien auprès de dirigeants de TPE et PME e-commerce réalisant entre 100 K€ et 5 M€ de chiffre d'affaires. Notre équipe d'experts-comptables spécialisés sécurise les flux multi-marketplaces, paramètre les outils comme Pennylane et leurs connecteurs, structure les déclarations TVA OSS, IOSS et CA3, et propose un pilotage mensuel adapté aux problématiques BFR du e-commerce. Pour les structures en croissance, nous intervenons également en mission de DAF externalisée et en accompagnement de structuration (passage en holding, intégration fiscale, levée de fonds).
Si vous opérez ou envisagez d'opérer sur une marketplace B2B et souhaitez valider votre conformité TVA et facturière, nos experts sont à votre disposition pour un premier échange. Une session de cadrage permet d'identifier en quelques heures les écarts à régulariser et le plan d'action prioritaire.
Non. L'exonération suppose trois conditions cumulatives : transport effectif du bien vers un autre État membre, communication d'un numéro de TVA intracommunautaire valide vérifié sur VIES, et déclaration de l'opération sur l'état récapitulatif TVA. À défaut, la TVA française au taux applicable doit être collectée.
En principe non, si le client est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il autoliquide la TVA. Une immatriculation locale devient nécessaire si vous stockez vos biens dans le pays (fulfillment Amazon FBA par exemple) ou si vous réalisez certaines opérations triangulaires hors mesure de simplification.
Pour les ventes B2B intra-UE entre un vendeur établi dans l'UE et un acheteur professionnel européen, la marketplace est un intermédiaire transparent : le vendeur reste le redevable et le facturier. La fiction de l'opérateur réputé acheteur-revendeur ne s'applique principalement qu'aux ventes BtoC importées de moins de 150 € ou aux ventes intra-UE par des fournisseurs établis hors UE.
Elles relèvent d'une prestation de services intracommunautaire pour laquelle le preneur français autoliquide la TVA sur sa CA3. L'opération est neutre en trésorerie mais doit impérativement être déclarée. L'oubli répété constitue une irrégularité formelle régularisable mais générant des intérêts de retard.
Les solutions Pennylane, Sellsy ou les connecteurs spécialisés (A2X, Greenfinch, Synder) permettent d'automatiser la ventilation brut/commissions/net et la TVA par destination. Le paramétrage initial reste déterminant et gagne à être conduit avec un expert-comptable maîtrisant les spécificités e-commerce.
Cet article présente un cadre général à jour à la date de publication ; chaque situation requiert une analyse personnalisée par nos experts.
Information à caractère général, non constitutive d'un conseil personnalisé.