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Le Conseil d'État a confirmé en 2025 que le chiffre d'affaires à retenir pour le taux réduit d'IS à 15 % est celui du groupe. Les sociétés concernées disposent d'un délai strict pour déposer des déclarations rectificatives sur 2023 et 2024.

La décision rendue par le Conseil d'État en 2025, complétée par les précisions de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), redistribue les cartes pour de nombreuses PME qui appliquaient le taux réduit d'impôt sur les sociétés (IS) à 15 % sans tenir compte de leur appartenance à un groupe. L'administration fiscale impose désormais une régularisation des exercices 2023 et 2024 avant le 20 mai 2026. Dans cet article, nous revenons sur le cadre applicable, les conséquences concrètes de cette jurisprudence et la méthode que nous déployons au sein de notre cabinet pour sécuriser la mise en conformité de nos clients.
Prévu à l'article 219, I-b du Code général des impôts (CGI), le taux réduit d'IS à 15 % constitue un avantage fiscal majeur pour les petites et moyennes entreprises. Il s'applique à la fraction de bénéfice n'excédant pas 42 500 € par période de douze mois, le reliquat étant taxé au taux normal de 25 %.
Pour en bénéficier, la société doit satisfaire cumulativement trois conditions :
Sur le papier, le mécanisme semble lisible. En pratique, la dernière condition et la notion de chiffre d'affaires à retenir ont donné lieu à d'intenses débats, notamment lorsque la société émargeant au taux réduit s'inscrit dans une chaîne de participations ou un groupe intégré.
Historiquement, une partie de la doctrine et de nombreux praticiens considéraient que le plafond de 10 M€ de chiffre d'affaires s'appréciait au niveau de la seule société bénéficiaire. Cette lecture permettait à certaines filiales de PME familiales, voire à des holdings animatrices détenant plusieurs sociétés d'exploitation, de profiter du taux à 15 % alors même que le groupe consolidé dépassait largement le seuil.
Dans sa décision rendue en 2025, le Conseil d'État a tranché : lorsque la société bénéficiaire appartient à un groupe, le chiffre d'affaires à retenir pour apprécier l'éligibilité au taux réduit est celui du groupe pris dans son ensemble, et non celui de la seule entité contrôlée. Cette interprétation s'aligne sur la logique anti-abus déjà présente à l'article 219 du CGI, qui vise à réserver l'avantage fiscal aux véritables PME indépendantes.
Concrètement, une filiale réalisant 3 M€ de chiffre d'affaires mais appartenant à un groupe consolidé à 15 M€ n'est plus éligible au taux de 15 %, contrairement à ce que pouvait laisser entendre une lecture littérale antérieure.
L'administration fiscale a publié une instruction invitant les sociétés ayant appliqué le taux réduit à tort à déposer des déclarations rectificatives au titre des exercices clos en 2023 et 2024, avant le 20 mai 2026. Sont principalement visées :
Nos experts-comptables procèdent actuellement, pour le compte de nos clients, à une revue systématique des liasses fiscales 2023 et 2024 afin d'identifier les situations à risque et de qualifier l'existence ou non d'un « groupe » au sens retenu par la jurisprudence.
La différence entre le taux réduit (15 %) et le taux normal (25 %) représente 10 points d'IS sur la tranche de bénéfice concernée, soit jusqu'à 4 250 € d'économie fiscale par exercice et par société. Multiplié sur plusieurs entités d'un même groupe et sur deux exercices, l'enjeu de redressement peut rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.
À défaut de régularisation spontanée avant le 20 mai 2026, les entreprises s'exposent à :
La régularisation spontanée permet, à l'inverse, de bénéficier d'une réduction de 50 % des intérêts de retard dans le cadre du dispositif prévu à l'article 1727, V du CGI, à condition de déposer une déclaration rectificative avant tout engagement d'un contrôle.
Nous structurons la démarche de mise en conformité autour de quatre temps clés.
Nous établissons un organigramme juridique et fiscal à jour, identifiant toutes les entités liées, les participations croisées, les pactes d'associés et la présence éventuelle d'une société animatrice. Cette cartographie conditionne la qualification de « groupe » au sens de la jurisprudence 2025.
Nous additionnons les chiffres d'affaires hors taxes des sociétés membres, en neutralisant les flux internes lorsque cela est pertinent, et comparons le résultat au seuil de 10 M€ pour chacun des exercices 2023 et 2024.
Pour chaque exercice concerné, nous produisons une liasse fiscale rectificative (formulaires 2065 et 2033 ou 2050 et suivants) et recalculons l'IS dû au taux de 25 %. Le dépôt s'effectue via la procédure EDI-TDFC, accompagné d'une mention expresse de régularisation.
Le complément d'IS est acquitté, les intérêts de retard calculés avec application du taux réduit de 0,10 % par mois en cas de régularisation spontanée. Nous formalisons enfin une note de position fiscale archivée au dossier, démontrant la diligence de la société en cas de contrôle ultérieur.
La notion de groupe retenue par le Conseil d'État ne se limite pas aux groupes d'intégration fiscale. Elle englobe des situations plus larges, ce qui peut générer des incertitudes :
Ces sujets rejoignent les problématiques plus larges de structuration patrimoniale du chef d'entreprise, où chaque choix d'architecture juridique emporte des conséquences fiscales durables. Dans tous les cas, la prudence impose une qualification argumentée par écrit avant toute position prise sur la déclaration.
L'administration dispose de trois ans pour rectifier les déclarations d'IS (article L. 169 du Livre des procédures fiscales), soit jusqu'au 31 décembre 2026 pour l'exercice 2023 et jusqu'au 31 décembre 2027 pour 2024. Au-delà du 20 mai 2026, les sociétés n'ayant pas régularisé s'exposent à une rectification non plus dans un cadre coopératif, mais contentieux.
Les services fiscaux ont d'ores et déjà annoncé des programmes ciblés de contrôle sur les groupes ayant déclaré un taux réduit. Mieux vaut donc anticiper : comprendre ce qui peut déclencher une vérification est un prérequis pour toute direction financière. Lorsque la procédure est engagée, le formalisme de l'avis de vérification de comptabilité devient un élément crucial de la défense du contribuable.
La jurisprudence de 2025 ne crée pas un nouvel impôt : elle rappelle que l'avantage du taux réduit est réservé aux PME véritablement indépendantes. Dans un contexte où les montages de holdings se sont généralisés, de nombreux dirigeants découvrent aujourd'hui que leur structure, pourtant parfaitement légale, les prive rétroactivement d'un avantage fiscal. La régularisation spontanée avant le 20 mai 2026 est systématiquement plus favorable qu'un redressement subi.
Chez HR & Associés, notre approche de Business Partner stratégique combine expertise comptable, commissariat aux comptes et conseil fiscal. Nous réalisons des diagnostics rapides permettant, en quelques jours, de chiffrer l'exposition d'un groupe au risque IS 15 % et de piloter l'ensemble du processus de rectification, jusqu'à la relation avec le service des impôts des entreprises (SIE).
Cet article présente un cadre général à jour à la date de publication ; chaque situation requiert une analyse personnalisée par nos experts.
Le 20 mai 2026 approche rapidement. Attendre la date limite expose les dirigeants à un arbitrage précipité, potentiellement défavorable. Nous recommandons d'engager dès à présent la cartographie groupe et le recalcul consolidé du chiffre d'affaires. Prenez rendez-vous avec nos experts-comptables pour auditer votre éligibilité au taux réduit d'IS, préparer les déclarations rectificatives et sécuriser vos positions fiscales à venir.
Les PME indépendantes réalisant moins de 10 M€ de chiffre d'affaires, dont le capital est entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, restent éligibles. Les sociétés membres d'un groupe dont le CA cumulé dépasse 10 M€ ne le sont plus.
L'administration fiscale fixe la date butoir au 20 mai 2026 pour les exercices clos en 2023 et 2024. Au-delà, les sociétés s'exposent à un redressement avec majorations de 10 % à 40 %.
Oui. En déposant une déclaration rectificative avant tout engagement de contrôle, la société bénéficie d'une réduction de 50 % des intérêts de retard (article 1727, V du CGI) et évite les majorations de l'article 1729 du CGI.
En principe non, dès lors qu'elle n'exerce aucune activité d'animation. L'analyse reste cependant casuistique et doit être documentée par une note de position fiscale.
La décision s'impose à l'administration et au contribuable. Une contestation sur le fond est hautement risquée. En revanche, la qualification concrète d'un ensemble de sociétés comme « groupe » peut être discutée au cas par cas.
Information à caractère général, non constitutive d'un conseil personnalisé.