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Le projet de loi de finances pour 2027 referme la principale faille du régime de l'article 150-0 B ter du CGI. Nous décryptons les impacts pour les dirigeants ayant logé leurs titres dans une holding patrimoniale.

Après le durcissement opéré par la loi de finances pour 2026, le régime de l'apport-cession codifié à l'article 150-0 B ter du Code général des impôts (CGI) subit une nouvelle réforme d'ampleur. L'article 5 du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 entend supprimer ce qui constituait, pour de nombreux dirigeants, l'aboutissement patrimonial du schéma : l'effacement définitif de la plus-value en report grâce à la transmission à titre gratuit des titres de la holding. Notre cabinet revient sur la mécanique visée, les impacts chiffrés et les arbitrages à conduire sans attendre.
Le dispositif de l'article 150-0 B ter du CGI permet à un chef d'entreprise d'apporter les titres de sa société opérationnelle à une holding soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) qu'il contrôle. La plus-value latente constatée lors de l'apport n'est pas imposée immédiatement : elle est placée en report d'imposition. Ce report n'est ni une exonération, ni un abandon, mais une mise en attente conditionnelle de l'impôt.
Deux événements principaux mettent fin au report et rendent l'impôt exigible :
Historiquement, ce régime a été conçu pour éviter de frapper d'impôt des réorganisations capitalistiques qui ne génèrent aucune liquidité pour le dirigeant, tout en encourageant le réinvestissement des capitaux dans l'économie productive.
La loi de finances pour 2026 avait déjà musclé les contraintes de réinvestissement, pour toutes les cessions réalisées à compter du 21 février 2026. Les changements intervenus sont les suivants :
Ces aménagements avaient déjà rendu le dispositif plus exigeant, mais ils n'avaient pas touché à son avantage patrimonial majeur : la possibilité de faire « tomber » la plus-value en report via une donation ou un décès.
Dans sa version actuelle, l'article 150-0 B ter prévoit qu'une donation ou une succession portant sur les titres de la holding :
Le PLF 2027 opère un bouleversement sémantique mais lourd de conséquences : l'article 5 remplace, dans le texte, les termes de « cession à titre onéreux » par ceux de « transmission ». Il abroge en parallèle le régime spécifique applicable aux donations. Autrement dit, toute transmission des titres reçus lors de l'apport – à titre gratuit comme à titre onéreux – rendrait immédiatement exigibles l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux en report.
Le texte étend logiquement la même règle aux contribuables qui ont transféré leur résidence fiscale hors de France et qui relèvent du dispositif de l'exit tax prévu à l'article 167 bis du CGI. L'objectif affiché est d'éviter toute possibilité d'évasion fiscale par expatriation suivie d'une transmission à l'étranger.
Pour atténuer le choc financier – souvent considérable – pour les héritiers et donataires, le texte prévoit une faculté de paiement étalé :
La mesure s'appliquerait aux transmissions réalisées à compter du 1er octobre 2026, soit la date de présentation du texte. Cette rétroactivité de fait prive les contribuables de toute fenêtre d'anticipation entre le dépôt du PLF et son adoption.
Pour mesurer l'ampleur du basculement, prenons un exemple inspiré de la pratique de notre cabinet. En 2022, un dirigeant apporte à sa holding les titres de sa société opérationnelle. Ces titres, acquis pour 100 000 €, sont valorisés 5 M€ au moment de l'apport. La plus-value de 4,9 M€ est placée en report. En 2027, il souhaite transmettre ces titres de holding à ses deux enfants.
L'écart est vertigineux et illustre l'ampleur de l'avantage que le législateur entend supprimer. Pour les transmissions importantes déjà en cours de préparation, cet impact doit être intégré sans délai dans la stratégie patrimoniale et dans l'évaluation de la trésorerie disponible pour acquitter l'impôt.
Selon l'exposé des motifs du texte, l'objectif poursuivi est de « renouer avec l'esprit originel » du dispositif. L'apport-cession devait permettre de différer l'impôt tant que le capital était réinvesti dans l'économie productive, non de l'effacer par une transmission intra-familiale programmée. Le législateur considère que la combinaison apport-cession plus donation est devenue, dans les faits, un outil d'évaporation de l'assiette taxable.
Du point de vue du praticien, la réforme pose néanmoins plusieurs questions :
Face à une réforme dont la date d'effet est antérieure à l'adoption définitive du texte, les marges de manœuvre sont étroites, mais plusieurs leviers restent à examiner avec un conseil spécialisé.
La première étape consiste à recenser l'ensemble des plus-values en report inscrites dans la déclaration n°2074-I, apport par apport. Cet inventaire conditionne toute décision ultérieure : valeur d'apport, prix de revient, date, réinvestissements déjà réalisés, délais de conservation en cours.
La hausse du seuil de réinvestissement à 70 % et l'allongement du délai à 36 mois imposent de revoir la politique d'allocation d'actifs de la holding. Le choix entre investissement direct dans une PME, souscription à un fonds éligible (FPCI, FCPR fiscal) ou prise de participation majoritaire doit être arbitré en fonction du couple rendement-risque et de la durée de blocage.
Pour les transmissions désormais imposables, l'enjeu central devient le financement de l'impôt. Entre un paiement immédiat des prélèvements sociaux et un étalement sur 5 ans de l'impôt sur le revenu, la trésorerie disponible, la rentabilité des actifs et la capacité d'emprunt du dirigeant doivent être modélisées. Nos experts-comptables accompagnent ces simulations en lien avec le notaire et l'avocat fiscaliste.
Le pacte Dutreil, l'assurance-vie, le démembrement de propriété ou encore la donation-partage conservent leur intérêt propre. Notre cabinet accompagne régulièrement des dirigeants dans la mise en place d'opérations de démembrement temporaire de titres de SCI, qui restent un levier d'optimisation patrimoniale pertinent lorsqu'ils sont articulés avec la détention via holding.
Les schémas d'apport-cession figurent historiquement parmi les montages les plus surveillés par l'administration fiscale, en particulier sur la réalité du contrôle de la holding, la nature des réinvestissements et la substance économique des opérations. Le PLF 2027 ne modifie pas directement le pouvoir de contrôle de l'administration, mais rend d'autant plus critique la qualité documentaire du dossier : pactes d'associés, procès-verbaux de décisions de réinvestissement, suivi comptable des remplois.
Pour approfondir les signaux susceptibles de déclencher une vérification de comptabilité, nous vous invitons à consulter notre guide dédié aux éléments qui déclenchent un contrôle fiscal. Un dirigeant ayant mis en œuvre une opération d'apport-cession a tout intérêt à sécuriser en amont ses dossiers justificatifs plutôt qu'à les reconstituer dans l'urgence lors d'un avis de vérification de comptabilité.
Toute opération d'apport-cession doit désormais être conçue dès l'origine avec son horizon de sortie – cession, transmission, liquidation – et non plus comme un simple outil de différé fiscal. L'imposition devient quasi inéluctable à moyen terme : mieux vaut la provisionner et l'intégrer dans le plan patrimonial plutôt que de la subir au pire moment.
HR Associés accompagne les dirigeants dans le pilotage global de leurs schémas de holding : expertise comptable des structures patrimoniales, commissariat aux comptes lorsque les seuils sont atteints, modélisation financière et direction administrative et financière externalisée. Notre équipe assure l'interface entre vos conseils juridiques et notariaux pour sécuriser chaque étape de la vie du schéma, de l'apport initial au dénouement.
Le PLF 2027 marque un tournant pour tous les dirigeants ayant structuré leur patrimoine via une holding d'apport. La disparition de l'effacement par donation ou décès change radicalement l'équation : l'apport-cession redevient un outil de différé, non plus d'exonération. Les projets de transmission en cours doivent être réexaminés sans attendre, en intégrant la rétroactivité de la mesure au 1er octobre 2026.
Pour auditer votre stock de plus-values en report, modéliser l'impact d'une transmission à venir ou cadrer votre stratégie de réinvestissement, prenez rendez-vous avec nos experts-comptables. Nous vous proposerons un diagnostic personnalisé et un plan d'action chiffré.
Dans la version actuelle du PLF 2027, la mesure s'appliquerait aux transmissions réalisées à compter du 1er octobre 2026, date de présentation du texte. Le vote définitif de la loi reste à intervenir et pourrait modifier cette date, mais la rétroactivité de principe est acquise dès le dépôt du projet.
Le texte prévoit une imposition immédiate chez le donateur en cas de donation, et dans la succession du défunt en cas de décès. L'étalement sur 5 ans de l'impôt sur le revenu peut être demandé, mais les prélèvements sociaux sont dus immédiatement.
Les reports d'imposition en cours ne sont pas annulés ni rendus immédiatement exigibles. Toutefois, dès l'entrée en vigueur du texte, toute transmission à titre gratuit des titres de la holding entraînera l'imposition de la plus-value en report, alors qu'elle en provoquait auparavant l'effacement.
Non. Le dispositif conserve tout son intérêt pour différer l'impôt lors d'une réorganisation capitalistique et pour organiser le réinvestissement dans l'économie productive. Il doit cependant être conçu avec un horizon de sortie clair et une provision fiscale correctement anticipée.
Oui, la même règle s'appliquerait aux contribuables soumis à l'exit tax prévue à l'article 167 bis du CGI. Toute transmission à titre gratuit des titres rendrait exigibles l'impôt et les prélèvements sociaux en report, dans les mêmes conditions.
Cet article présente un cadre général à jour à la date de publication ; chaque situation requiert une analyse personnalisée par nos experts.
Information à caractère général, non constitutive d'un conseil personnalisé.