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Cuisine centrale, façonnage entre établissements, refacturation de préparations : la sous-traitance culinaire soulève des questions comptables et de TVA que nos experts décryptent pour les groupes de restauration.

Le développement d'un second établissement, l'ouverture d'une dark kitchen ou la mutualisation des préparations dans une cuisine centrale transforment radicalement l'organisation d'un groupe de restauration. Dès qu'un site produit pour un autre — qu'il s'agisse de sauces, de pâtisseries, de bases de plats ou de plats finis livrés en liaison froide — se pose une double question : comment comptabiliser ces flux internes ou externalisés, et quel taux de TVA appliquer ? Nos experts-comptables spécialisés CHR accompagnent régulièrement des dirigeants pris au dépourvu par un contrôle fiscal portant précisément sur ces circuits mal documentés. Le présent guide fait le point sur les règles applicables et les réflexes de sécurisation.
Le terme façonnage, emprunté à l'industrie agroalimentaire, désigne l'opération par laquelle un prestataire transforme une matière première pour le compte d'un donneur d'ordre, qui reste propriétaire du produit fini. En restauration, cette notion s'est élargie à trois configurations distinctes qu'il faut soigneusement distinguer :
Chaque configuration appelle un traitement comptable et une analyse TVA propres. La confusion entre ces schémas est l'une des causes les plus fréquentes de redressement lorsque l'administration reconstitue le chiffre d'affaires d'un groupe de restauration.
Le plan comptable général offre plusieurs comptes pertinents et le choix n'est pas neutre pour l'analyse du food cost et du prime cost :
Notre recommandation en CHR : isoler les façonnages dans un sous-compte dédié (par exemple 604100 « Façonnages culinaires ») afin de suivre distinctement cette ligne dans le calcul du ratio matière. Un food cost apparemment maîtrisé peut cacher un dérapage sur la sous-traitance si les deux postes sont agrégés.
Lorsqu'une cuisine centrale appartenant à une société A fournit des préparations à une société B du même groupe, la facturation doit respecter le principe de pleine concurrence. Le prix retenu doit intégrer :
Une facturation à prix coûtant, voire l'absence totale de facturation entre entités juridiques distinctes, expose le groupe à un redressement pour acte anormal de gestion et peut fragiliser la déductibilité des charges chez la société bénéficiaire.
La règle est stable mais souvent mal appliquée : les prestations de façonnage suivent en principe le taux du produit fini lorsque le prestataire livre un bien transformé. Pour la restauration, cela signifie généralement :
Un piège fréquent : le prestataire applique 20 % en considérant qu'il vend une prestation de service, alors que la livraison de la préparation transformée devrait relever de 5,5 % ou 10 %. Cette erreur de paramétrage peut représenter plusieurs points de marge sur des volumes annuels significatifs.
La TVA multi-taux reste l'un des postes de risque majeurs en contrôle fiscal restauration. Lorsqu'un menu composé intègre des éléments produits par une cuisine centrale et d'autres réalisés sur place, la ventilation entre 10 % (sur place, à emporter chaud) et 20 % (boissons alcoolisées) doit refléter la réalité des ventes, non une clé arbitraire. Nous recommandons de :
Depuis l'article 125 de la loi de finances 2026, qui a rétabli l'exigence d'une attestation individuelle de l'éditeur du logiciel de caisse, la traçabilité des flux internes devient un enjeu de conformité. Un établissement qui refacture des préparations à un site du même groupe doit s'assurer que :
Un vérificateur pourra en effet mobiliser ces flux internes pour appliquer sa méthode de reconstitution de recettes et détecter d'éventuelles minorations, en particulier lorsque la cohérence caisse / banque / stock présente des écarts inexpliqués.
Face à un contrôle fiscal, la charge de la démonstration repose largement sur le dirigeant. Nous conseillons à nos clients multi-établissements de constituer un dossier permanent de sous-traitance culinaire comprenant :
Ce dossier constitue également un outil de pilotage : il permet d'identifier les dérives de food cost par site et de calibrer précisément le seuil de rentabilité au couvert. Nos experts complètent utilement ces travaux par un accompagnement en amont d'un éventuel avis de vérification de comptabilité.
Externaliser une partie de la production modifie profondément la structure de coûts. Le raisonnement classique en food cost (typiquement 28 à 32 % du CA HT en restauration traditionnelle) doit être retravaillé :
Pour un groupe de trois établissements réalisant 3 M€ de CA cumulé, la centralisation des sauces, fonds et pâtisseries dans une cuisine centrale peut représenter une économie de 2 à 4 points de prime cost, à condition que la facturation intra-groupe soit calibrée et que la TVA soit correctement traitée.
La sous-traitance culinaire ne doit pas dissimuler une mise à disposition de personnel. Lorsqu'un « façonnier » travaille exclusivement pour un donneur d'ordre, dans ses locaux, avec ses outils et sous son autorité, le risque de requalification en prêt de main-d'œuvre illicite ou en travail dissimulé est réel. L'URSSAF, particulièrement vigilante dans le secteur CHR, examine :
Nous invitons systématiquement les dirigeants à faire auditer leurs contrats de sous-traitance en amont d'un contrôle URSSAF restaurant, afin d'éviter des redressements portant sur plusieurs années de cotisations.
Dans un groupe multi-établissements, la sous-traitance de cuisine est rarement un sujet purement comptable : elle touche à la fois la TVA, le prix de transfert intra-groupe, la conformité caisse et le droit social. Nous recommandons de la structurer dès l'ouverture du second site, non pas après coup lorsque les flux sont devenus complexes et mal tracés.
Cabinet d'expertise comptable positionné sur les enjeux sectoriels du CHR, HR Associés accompagne les dirigeants de la restauration dans la structuration de leurs flux inter-sites, la sécurisation de la TVA multi-taux et la préparation aux contrôles fiscaux et sociaux. Nos missions couvrent l'expertise comptable, le commissariat aux comptes et la DAF externalisée pour les groupes en croissance. Pour auditer votre organisation actuelle ou préparer l'ouverture d'un nouvel établissement, prenez rendez-vous avec nos experts.
Lorsque le prestataire livre un bien alimentaire transformé destiné à la consommation, le taux applicable suit celui du produit livré : le plus souvent 5,5 % (produit destiné à une consommation différée) ou 10 % (destiné à la consommation immédiate en restauration). Le taux de 20 % s'applique aux prestations de service détachées d'une livraison ou aux boissons alcoolisées.
Oui, dès lors qu'il s'agit d'entités juridiques distinctes. L'absence de facturation ou une facturation à prix coûtant expose à un redressement pour acte anormal de gestion. Le prix doit intégrer matière, main-d'œuvre, quote-part de structure et marge raisonnable.
Il est préférable d'isoler la sous-traitance culinaire dans un sous-compte dédié et de raisonner en prime cost (matière + personnel productif) plutôt qu'en food cost isolé. La comparaison entre production interne et externalisée n'a de sens qu'à ce niveau consolidé.
Fiches techniques, contrats de sous-traitance, bons de transfert numérotés, rapprochements mensuels volumes façonnés / volumes vendus, attestations éditeur des logiciels de caisse. L'ensemble constitue un dossier permanent à tenir à disposition du vérificateur.
Oui, si le prestataire travaille exclusivement pour un donneur d'ordre, dans ses locaux et sous son autorité. Le risque est alors une requalification en prêt de main-d'œuvre illicite ou en travail dissimulé, avec redressement des cotisations sur plusieurs années.
Cet article présente un cadre général à jour à la date de publication ; chaque situation requiert une analyse personnalisée par nos experts.
Information à caractère général, non constitutive d'un conseil personnalisé.