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Opérations & transformations
Business plan food truck réaliste : budget 30-150k€, prévisionnel 3 ans, rentabilité, statut juridique. Les vraies questions avant de claquer vos économies dans un Peugeot Boxer.

Vous rêvez de troquer votre costume contre une plancha et votre open space contre un camion ? Avant de foncer tête baissée dans l'aventure du food truck, posez-vous sur une chaise et ouvrez Excel. Parce qu'entre le fantasme Instagram du burger artisanal et la réalité d'un prêt bancaire à 70 000 €, il y a un business plan. Un vrai.
Pas un PowerPoint de 50 slides avec des photos de bouffe en gros plan. Un document structuré qui prouve que vous avez réfléchi plus de 10 minutes à votre projet et que vous ne confondez pas marge brute et bénéfice net.
Parce que votre banquier ne prête pas 60 000 € sur un coup de cœur pour les tacos coréens. Et parce que vous, vous avez besoin de savoir si vous allez vivre de votre concept ou finir par revendre votre camion sur Leboncoin après 18 mois de galère.
Le business plan, c'est votre GPS financier. Il répond à trois questions basiques :
Un bon business plan de food truck fait entre 15 et 25 pages, prévisionnel financier inclus. Pas 80 pages de blabla marketing, pas 3 slides PowerPoint. Un document qu'on peut lire, comprendre et challenger.
Le pitch de votre projet. Ce que vous vendez, où, à qui, combien vous investissez, combien vous empruntez, quel CA vous visez et quand vous rentabilisez.
Exemple concret : "Food truck spécialisé burgers premium, ticket moyen 15 €, Lyon 3e arrondissement, zone bureaux + Presqu'île. Investissement 75 000 € (apport 25 000 €, emprunt 50 000 €). CA prévisionnel année 1 : 180 000 €. Rentabilité estimée : mois 14."
Si votre banquier lit ces deux pages et ne comprend pas le projet, c'est raté.
Ici, vous détaillez votre concept. Type de cuisine, positionnement prix, votre différenciation.
Mauvais exemple : "Cuisine de qualité, produits frais, fait maison, à l'écoute du client."
Bon exemple : "Burgers haut de gamme (viande race Aubrac, pains briochés maison), ticket 13-18 €, cible CSP+, zones bureaux à fort pouvoir d'achat. Pas de friteuse, pas de tacos, pas de kebab. On est pas McDo, on est pas non plus un gastro mobile à 25 € le burger."
Soyez précis. Si vous vendez des poke bowls végétariens bio, assumez. Si vous faites des frites-merguez pour ouvriers du BTP, assumez aussi. Les deux marchent, mais pas avec le même business plan.
Combien de food trucks déjà présents sur votre zone ? Quels concepts ? Quels prix ? Quelle affluence aux heures de pointe ?
Travail à faire : arpenter physiquement vos emplacements cibles un mardi midi et un vendredi midi. Compter les files d'attente. Noter les paniers moyens. Repérer les trous dans le marché.
Si vous visez la dalle de La Défense et qu'il y a déjà 12 food trucks burgers-tacos-bagels, votre différenciation doit être béton. "Oui mais les miens ils seront meilleurs" n'est pas une stratégie.
Analyse sérieuse : "Zone cible : Montparnasse-Gaîté, 8 000 salariés dans un rayon de 300 m. Concurrence actuelle : 2 food trucks (sandwichs classiques, kebab), 4 boulangeries, 1 Subway. Aucune offre burger premium. Ticket moyen concurrent : 8-10 €. Notre positionnement 13-16 € cible les 35% de CSP+ prêts à payer plus pour de la qualité."
Comment vous allez vous faire connaître et remplir votre file d'attente.
Budget réaliste communication année 1 : 3 000-6 000 €
Ce qui ne marche pas : compter uniquement sur le bouche-à-oreille.
Ce qui marche : Instagram avec stories régulières + présence physique constante aux mêmes heures + partenariats CSE d'entreprises locales.
Statut juridique :
Équipe :
Process HACCP : obligatoire. Formation hygiène alimentaire (14h, environ 150 €), respect de la chaîne du froid, traçabilité, nettoyage, déclaration DDPP. Pas négociable, les contrôles tombent.
Emplacements :
Listez précisément vos emplacements de la semaine avec jours, horaires, estimation de trafic.
Exemple :
Menu et prix :
5-8 références maximum. Ne faites pas 25 plats différents dans 8 m².
Exemple menu rentable :
Coût matière cible : 28-35% du CA. Si vous êtes à 40%, vous êtes mort. Si vous êtes à 25%, bravo, mais vérifiez que vous ne servez pas des portions ridicules.
C'est ici que 90% des porteurs de projet s'effondrent. Parce qu'ils découvrent que leur food truck de rêve coûte 85 000 € et pas 30 000 €, et qu'ils doivent vendre 80 burgers par jour pour survivre.
Et on n'a pas encore parlé des matières premières, qui représentent 30% de votre CA.
Exemple réaliste Lyon, burger premium, zone bureaux :
Année 1 :
Année 2 :
Année 3 :
Seuil de rentabilité : environ 12 000-15 000 € de CA mensuel pour couvrir vos charges fixes + matières premières. En dessous, vous perdez de l'argent.
En nombre de couverts : avec un panier moyen de 18 €, ça fait 40-50 ventes par jour minimum. Si vous en faites 25, vous êtes en déficit.
Exemple de plan de financement :
Source
Montant
Apport personnel
20 000 €
Prêt bancaire professionnel
50 000 €
Prêt d'honneur (Initiative France, Réseau Entreprendre)
10 000 €
TOTAL
80 000 €
Les banques demandent en général 25-30% d'apport. Si vous n'avez que 5 000 €, vous allez galérer à décrocher 60 000 €. Les prêts d'honneur (0% d'intérêt) peuvent compléter votre apport et rassurer la banque.
Entre 30 000 € (occasion optimisé, solo, concept sobre) et 150 000 € (neuf sur-mesure, équipement haut de gamme, forte identité visuelle). La zone "standard pro" réaliste : 50 000-100 000 €.
Si quelqu'un vous dit qu'on peut monter un food truck à 15 000 €, il vous vend soit un véhicule pourri, soit un rêve.
Ça dépend. Si vous vendez 80 burgers à 15 € par jour, 220 jours par an, vous faites 264 000 € de CA. Avec 30% de coût matière, 40% de charges fixes et variables, vous dégagez environ 80 000 € de bénéfice avant impôt. Donc oui, rentable.
Si vous vendez 25 burgers à 12 € par jour, 180 jours par an, vous faites 54 000 € de CA. Vous ne couvrez même pas vos charges. Donc non, pas rentable.
La rentabilité dépend de :
En moyenne, un food truck bien géré atteint son seuil de rentabilité entre 12 et 18 mois. Avant ça, vous remboursez votre prêt et vous vous versez un salaire de survie.
Les concepts qui marchent le mieux en 2025 :
Les pièges :
La rentabilité tient plus à votre exécution qu'à votre concept. Un taco mal géré perd de l'argent. Un burger bien géré en gagne.
Si vous voulez un prévisionnel complet sur 3 ans avec compte de résultat, trésorerie mensuelle et plan de financement, comptez 1-2 jours de travail avec Excel ou un outil dédié.
Documents à produire :
Hypothèses à poser :
Si vous ne savez pas faire un prévisionnel, passez par un expert-comptable. Ça coûte 800-1 500 €, mais c'est infiniment moins cher qu'un prêt bancaire refusé ou un lancement raté.
Réalité brute :
Année 1 : Entre 0 € et 1 500 €/mois net. Vous réinvestissez tout, vous remboursez votre prêt, vous constituez un matelas de trésorerie. Vous vivez sur vos économies ou un complément de revenus (conjoint, ARE Pôle emploi si création après licenciement).
Année 2 : Entre 1 500 € et 2 500 €/mois net si vous atteignez votre rythme de croisière (200-250 000 € de CA).
Année 3 et + : Entre 2 500 € et 4 000 €/mois net si vous tournez bien (280-350 000 € de CA), voire plus si vous avez un second camion ou des événements privés très rentables.
En SASU : vous vous versez un salaire, vous payez des cotisations sociales (environ 80% du net en charges), vous êtes au régime général.
En micro-entreprise : vous payez des cotisations sociales de 12,3% sur votre CA (vente à emporter), le reste est votre revenu brut avant impôt. Avec 100 000 € de CA, vous payez 12 300 € de cotisations, il vous reste 87 700 € avant impôt et avant vos charges réelles (camion, matières premières, carburant, etc.). Attention : en micro, vous ne déduisez pas vos charges.
Donc en micro avec 100 000 € de CA :
Vous n'êtes pas riche. Vous vivez. C'est déjà ça.
On revient à la même réponse : burger premium, tacos, poke bowls, pizza napolitaine. Mais la vraie rentabilité vient de :
1. L'emplacement : un mauvais concept sur un emplacement en or bat un bon concept sur un emplacement pourri.
2. La régularité : être présent 5 jours par semaine aux mêmes heures crée une habitude client. Un food truck qui squatte un emplacement différent chaque jour ne fidélise personne.
3. Le ticket moyen : vendre à 18 € au lieu de 10 €, c'est presque doubler votre marge en volume égal. Mais ça demande un positionnement et une qualité à la hauteur.
4. Les événements privés : un mariage, un séminaire d'entreprise, une inauguration = 1 000-2 000 € de CA en une soirée avec 30-40% de marge nette. C'est 3 à 4 fois plus rentable qu'une journée normale.
5. La gestion : un food truck avec 32% de coût matière et zéro gaspillage bat un concurrent à 38% de coût matière et 10% de perte. Sur 200 000 € de CA, ça fait 12 000 € d'écart.
Micro-entreprise :
SASU/EURL :
Carte de commerçant ambulant : si vous vendez hors de votre commune de domiciliation. Gratuite, à demander à la CCI.
Autorisation d'occupation du domaine public (AOT) ou permis de stationnement : délivrée par la mairie pour chaque emplacement. Prix très variable (50 € à 500 €/mois selon la ville et l'emplacement).
Formation hygiène alimentaire : obligatoire, 14 heures, environ 150 €.
Déclaration DDPP : déclaration de votre activité auprès de la Direction départementale de la protection des populations avant ouverture.
Norme VASP : si vous aménagez un véhicule utilitaire en cuisine, passage aux Mines pour homologation VASP (Véhicule Automoteur Spécialisé). Comptez 500-1 500 € et plusieurs semaines de délai.
Licence boissons : si vous vendez de l'alcool (bière, vin), vous devez avoir une licence (petite licence restaurant pour ventes à emporter). Sinon, pas besoin.
Vous allez travailler comme un dingue. 10-12h par jour, 5-6 jours par semaine. Prépa le matin, service le midi, nettoyage, courses, compta, réseaux sociaux. Ce n'est pas un job pépère.
Vous allez avoir froid l'hiver. Servir des burgers à -2°C en décembre, c'est moins sexy que sur Instagram.
Votre camion va tomber en panne. Budget 2 000-4 000 €/an de maintenance et réparations. Un alternateur qui lâche, une friteuse qui claque, un frigo qui disjoncte = journée perdue + frais.
Votre banquier va vous demander des garanties. Caution personnelle, hypothèque sur votre résidence, nantissement de votre assurance-vie. Si le projet plante, vous payez.
Vous n'allez pas gagner 5 000 €/mois la première année. Vous allez rembourser votre prêt, payer vos charges, et vous verser un SMIC ou moins. C'est la réalité.
Mais : si votre concept tient la route, si vous bossez sérieusement, si vous gérez vos coûts, vous pouvez vivre correctement de votre food truck dès l'année 2-3 et dégager 3 000-4 000 €/mois net. Certains font mieux. Certains font pire.
On ne vous vend pas de rêve. On pose les chiffres, on challenge vos hypothèses, on monte votre prévisionnel en béton, on vous aide à choisir le bon statut et on vous suit en compta une fois lancé.
Concrètement :
Parce qu'un food truck qui décolle, c'est 20% de concept et 80% de gestion. Et la gestion, c'est notre métier.